Nous approchons du 21 juin … et donc de la date fatidique où va s’ouvrir une porte sur le flanc d’un rocher magique. Le rocher en question se trouve non loin du Moulin de Navitau, sur la commune de Castelnau-le-Lez. Il se nomme le Roc de Substantion et surmonte le Lez.
Deux fois l’an, une fois pour la Saint-Sylvestre et une fois pour la Saint-Jean d’été, qui se trouve face au rocher, sur les bords du Lez, vers la minuit, peut être témoin d’un bien étrange phénomène : tel la Mer Rouge s’ouvrant pour les Hébreux, le Lez écarte ses eaux et révèle un passage secret, situé à la base du rocher.
Qui pénètre dans ce passage le trouve éclairé de torches. Après quelques mètres, il s’aperçoit que les bords du chemin sont parsemés de piécettes de cuivre. Si on continue, elles deviennent plus nombreuses. Puis on commence à y voir des pièces d’argent. Puis des pièces d’or, des bijoux, des gemmes, et mille autres merveilles encore. Mais pour en arriver là, il faut déjà avoir marché plusieurs heures. Et dès que l’on se penche pour garnir ses poches, les torches sont soufflées par un vent mystérieux et des voix étranges se font entendre. Ce sont celles des autres pauvres diables comme vous, qui ont cru faire leur fortune en cambriolant le rocher magique et y sont restés prisonniers à jamais. Ou peut-être s’agit-il des fantômes des moines de Substantion, qui auraient caché ici leur trésor.
Pour s’en sortir, il faut repartir en arrière, et vite ! Car le rocher se refermera aux premières lueurs du jour et le Lez reprendra son cours habituel. Le problème, c’est que si l’on se retourne, en espérant suivre le couloir, on se rend compte qu’il y a désormais mille embranchements qui s’ouvrent devant nous. En réalité, le seul moyen de sortir en toute sécurité est de repartir en marchant à l’envers, et en récitant un Pater Noster. Cette dernière condition est-elle indispensable ? Je ne sais pas, mais l’histoire nous fut rapportée par l’abbé Jean-Baptiste Fabre, curé de Castelnau-le-Lez et distingué félibre. Il s’y connaissait donc en histoires locales, et aussi en Pater Noster.
Photo de János Venczáksur Unsplash