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La triste histoire de Peton Petet

L’histoire de Peton Petet, je veux bien vous la raconter mais je ne peux pas vous dire où elle se passe, parce que je ne veux pas d’ennuis avec les gens de la haute vallée de l’Hérault. Vous savez comment ils sont, là-haut…

Peton Petet, c’était un jeune homme. Il était bien brave et bien vaillant, mais, il faut bien le dire, il était aussi très bête. Tant que sa maman était encore en vie, il vivait avec elle et tout allait bien. Il travaillait à la ferme, elle lui disait tout ce qu’il devait faire, et il ne le faisait pas très bien, non, mais quand même il le faisait. 

Mais quand sa maman est morte, Peton Petet s’est retrouvé tout seul. Et en moins de deux, la ferme était ruinée, et Peton Petet était à la rue. A l’époque, on le voyait, allant sur les chemins, s’arrêtant à chaque ferme. Et devant chaque ferme, il pleurait et se lamentait. « Qui est là ? », demandait le fermier. Et lui il disait,, en criant et en pleurant : « C’EST LE PAUVRE PETON PETET QUI N’A RIEN A MANGER ! » 

Les fermiers n’étaient pas riches mais ils avaient pitié. Ils lui donnaient un bout de pain, de lard ou de fromage, et aussi un peu de vin. Peton Petet mangeait, buvait, et comme il était bien brave, il voulait, en échange, rendre service. Mais il était tellement bête, tellement maladroit, qu’à chaque fois ça tournait à la catastrophe : les légumes étaient gâtés, la grange brûlait, les brebis s’enfuyaient en tous sens … et à la fin, le fermier et sa famille le chassaient à coup de pierres. 

Et ainsi, Peton Petet a arpenté toute la région, et partout on a fini par lui claquer la porte au nez. Un jour, désespéré, sans plus personne vers qui se tourner, il s’est retrouvé dans une vieille église. Il s’est mis à pleurer, à pleurer. Et il a entendu une voix, qui lui disait : « Qui est là ? » Et lui a répondu en pleurant : « C’EST LE PAUVRE PETON PETET QUI N’A RIEN A MANGER ! » 

Puis il a regardé autour de lui, pensant voir le curé. Mais non, pas de curé. Mais une très belle et très vieille statue de Saint Pierre, qui lui parlait avec bonté : « Ecoute, Peton Petet. Je vais faire un miracle pour toi. Sors de cette église, et regarde sur la porte : une nappe blanche vient d’y être accrochée. Prends-la et tu n’auras plus jamais faim. »

Peton Petet remercia le bon Saint Pierre et sortit aussitôt de l’église. Il trouva, accrochée à l’anneau de la porte, une grande et belle nappe blanche. Quand il déplia la nappe sur le sol, celle-ci se couvrit aussitôt de pain, de pâtés, de saucissons, et même de cruches d’excellent vin. Pendant plusieurs semaines, Peton Petet n’eut pas faim. 

Mais comme il n’avait plus faim, il ne savait plus quoi faire de ses journées, puisqu’il n’avait plus à mendier. Oisiveté est mère de tous les vices. Peton Petet retrouva au fond de ses poches quelques piécettes, assez pour pouvoir se rendre au lieu de toutes les perditions : le bistrot du village. 

Il avait déjà quelques verres dans le nez quand il entra. Le vin des anges, c’est bon mais ça enivre. Et quand il vit les gars du village, quand il les entendit parler, chacun, de leurs exploits : les filles séduites, les truites pêchées, le gibier tiré … eh bien il voulu, lui aussi, avoir quelque chose à dire. Alors il demanda au cafetier de lui dégager une table, il déplia sa grande nappe et miracle ! La nourriture et le vin y apparurent. Tout le monde fut très impressionné. 

Surtout le cafetier, qui offrit à Peton Petet un coup à boire, puis un autre et puis encore un autre, jusqu’à ce qu’il roule sous la table. Alors, le cafetier s’empara de la belle nappe et il lui en laissa à la place une autre, toute pareille, sauf que bien entendu elle n’était pas magique. Et le lendemain, quand Peton Petet, ayant passé la matinée à marcher dans les champs, déplia sa nappe pour manger, rien n’apparut. Il essaya encore, et encore. Mais non, rien. 

Alors Peton Petet pleura et se lamenta. Et il se lamenta encore. Et encore. Et, toujours se lamentant, il alla jusqu’à l’église et y pleura. Et la voix du bon Saint Pierre lui dit : « Qui est là ? » Et répondit en pleurant : « C’EST LE PAUVRE PETON PETET QUI N’A RIEN A MANGER ! » 

La vieille statue de Saint Pierre hocha la tête et dit : « Ecoute, Peton Petet. Je vais faire un autre miracle pour toi. Sors de cette église, et regarde près de la porte : un âne y est attaché. Il est à toi. Prends-le et tu n’auras plus jamais faim. »

Peton Petet remercia le bon Saint Pierre et sortit aussitôt de l’église. Il trouva, attaché à l’anneau de la porte, un petit âne de gris tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Il le prit et s’en alla. Mais ils n’avait pas marché plus de cinq minutes que l’âne leva la queue et .. pling ! ploc ! blang ! Il laissa tomber trois écus d’or. Cet âne était magique : au lieu de faire caca, comme tous les ânes, il faisait des pièces d’or. 

Peton Petet fut ravi. Il ramassa l’or, et alla au restaurant. Le lendemain, il se fit faire de beaux vêtements, puis quelque temps après il se loua une jolie maison. Dans le village, on disait que Peton Petet avait trouvé un trésor et certaines filles (pas les plus recommandables ni les plus vertueuses, vous pouvez me croire), commençaient à lui faire le bel oeil. Un soir, la fille du cafetier lui dit : « Peton Petet, toi qui es riche et galant, invite-moi donc au restaurant. » Et Peton Petet l’invita au restaurant. Et après le repas, elle lui dit « Allons boire le digestif au café de mon père ». Et ils allèrent y boire le digestif. Et le cafetier servi même Peton Petet une deuxième fois, et même une troisième, tandis que sa fille lui disait : « Alors, dis-moi, d’où te vient tout cet or ? » Et après le quatrième ou le cinquième digestif, ou peut-être même le sixième, Peton Petet raconta tout. Comme la fois précédente, il s’endormit là. Le lendemain, il repartit avec son âne, mais celui-ci ne fit désormais plus que des crottes normales. Il faut dire que, pendant qu’il dormait, le cafetier et sa fille, qui étaient décidément de bien vilaines gens, avaient échangé son âne contre un autre petit âne gris, tout identique, mais absolument pas magique. 

Peton Petet ne tarda pas à dépenser tout ce qu’il lui restait d’or. Alors, quand il n’eut plus rien, il pleura et se lamenta. Et il se lamenta encore. Et encore. Et, toujours se lamentant, il alla jusqu’à l’église et y pleura. Et la voix du bon Saint Pierre lui dit : « Qui est là ? » Et répondit en pleurant : « C’EST LE PAUVRE PETON PETET QUI N’A RIEN A MANGER ! » 

Le bon Saint Pierre écouta son histoire, et lui dit : « Ecoute, Peton Petet. Je vais faire un dernier miracle pour toi. Mais vraiment le dernier. Sors de cette église, et regarde près de la porte : tu y trouveras un bâton. Prends-le, va au café, et dis-lui de faire son office. »

Peton Petet sortit de l’église, trouva en effet un gros et robuste bâton près de l’entrée et il alla au café. Une fois installé au comptoir, il dit au bâton « Fais ton office. » Aussitôt, le bâton bondit en l’air. Il rossa violemment le cafetier et sa fille pour leur malhonnêteté. Mais il donna aussi une fessée à Peton Petei pour sa bêtise.

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La trista istòria de Peton Petet

 L’istòria de Peton Petet, vos la vòli plan contar mas vos pòdi pas dire ont se passa, per çò que vòli pas d’embèstiament amb las gents de la nauta val d’Erau. Sabètz cossí son, aquí naut…

Peton Petet, èra un jove òme. Èra plan brave e plan valent, mas, cal plan o dire, èra tanben fòrça nèci. Tant que sa maire èra encara viva, viviá amb ela e tot anava plan. Trabalhava a l’ostal, ela li disiá tot çò que deviá far, e el o fasiá pas fòrça plan, non, mas enfin o fasiá.

Mas quand sa maire foguèt mòrta, Peton Petet se trobèt solet. E en mens de dos, l’ostal foguèt roïnat e Peton Petet foguèt a la carrièra. A l’epòca, lo vesiam anar pels camins, en tot s’arrestar a cada bòria. E davant cada bòria, plorava e se lamentava. « Qual es aquí ? », demandava lo païsan. E el disiá, en tot cridar e en tot plorar : « ES LO PAURE PETON PETET QUE N’A PAS RES DE MANJAR ! »

Los païsans èran pas rics mas avián pietat. Li balhavan un bocin de pan, de lard o de fromatge, e tanben un pauc de vin. Peton Petet manjava, beviá, e coma èra plan brave, voliá, en escambi, rendre servici. Mas èra tant nèci, tant maladrech, qu’a cada còp aquò virava a la catastròfa : los legums èran gastats, la granja cremava, las fedas fugissián de pertot… e a la fin, lo païsan e sa familha lo caçavan a còps de pèiras.

Aital, Peton Petet percorreguèt la region tota, e pertot acabèron per li barrar la pòrta al nas. Un jorn, desesperat, sens pas degun cap a qual se virar, se trobèt dins una glèisa de las vièlhas. Plorèt, plorèt. E ausiguèt una votz que li disiá : « Qual es aquí ? » E el respondèt en tot plorar : « ES LO PAURE PETON PETET QUE N’A PAS RES DE MANJAR ! »

Puèi agachèt a l’entorn d’el, pensava veire lo curat. Mas non, cap de curat. Mas una fòrça bèla e fòrça vièlha estatua de Sant Pèire, que li parlava amb bontat : « Escota, Peton Petet. Te vau far un miracle. Sortís d’aquesta glèisa e agacha sus la pòrta : una toalha blanca ven d’i èsser acrocada. Pren-la e auràs pas pus jamai talent. »

Peton Petet mercegèt lo bon Sant Pèire e sortiguèt lèu de la glèisa. Trobèt, acrocada a l’anèl de la pòrta, una toalha blanca de las grandas et de las bèlas. Quand despleguèt la toalha pel sòl, foguèt lèu cobèrta de pan, de pastís, de salsissòts e mai de dorgas d’excellent vin. Pendent mantuna setmanas, Peton Petet aguèt pas talent.

Mas coma aviá pas pus talent, sabiá pas pus qué far de sas jornadas, puèi qu’aviá pas pus de besonh de mendiar. L’ociositat es maire dels vicis totes. Peton Petet retrobèt al fons de sas pòchas qualques pecetas, pro per anar al luòc de las perdicions totas : lo cafè del vilatge.

Aviá ja begut qualques gòts quand dintrèt. Lo vin dels àngels, aquò’s bon mas aquò embriaga. E quand vegèt los òmes del vilatge, quand los ausiguèt parlar, cadun, de lors expleches : las filhas seduchas, las trochas pescadas, la caça tirada… e ben, volgèt, el tanben, aver quicòm de dire. Alara demandèt al cafetièr de li desgatjar una taula, despleguèt sa granda toalha e miracle ! La noiridura e lo vin i apareguèron. Tot lo mond foguèt fòrça impressionat.

Mai que mai lo cafetièr, que porgiguèt a Peton Petet un còp de beure, puèi un autre e encara un autre, fins qu’a çò que virèsse jos la taula. Alara, lo cafetièr prenguèt la toalha de las bèlas e ne daissèt una autra a la plaça, tota parièra, levat qu’evidentament èra pas magica. E l’endeman, quand Peton Petet, après aver passat la matinada a caminar pels camps, despleguèt sa toalha per manjar, pas res apareguèt. Ensagèt encara, e encara. Mas non, pas res.

Alara Peton Petet plorèt e se lamentèt. E se lamentèt encara. E encara. E, totjorn en tot se lamentar, anèt fins a la glèisa e i plorèt. E la votz del bon Sant Pèire li diguèt : « Qual es aquí ? » E el respondèt en tot plorar : « ES LO PAURE PETON PETET QUE N’A PAS RES DE MANJAR ! »

La vièlha estatua de Sant Pèire brandèt lo cap e diguèt :« Escota, Peton Petet. Te vau far un autre miracle. Sortís d’aquesta glèisa e agacha prèp de la pòrta : un ase i es estacat. Es a tu. Pren-lo e auràs pas pus jamai talent. »

Peton Petet mercejèt lo bon Sant Pèire e sortiguèt lèu de la glèisa. Trobèt, estacat a l’anèl de la pòrta, un pichon ase gris fòrça ordinari. Lo prenguèt e se’n anèt. Mas avián pas caminat mai de cinc minutas que l’ase levèt la coa e… pling ! plòc ! blang ! Daissèt tombar tres escuts d’aur. Aquel ase èra magic : al luòc de far cacau, coma los ases totes, fasiá de pèças d’aur.

Peton Petet foguèt content. Recampèt l’aur e anèt al restaurant. L’endeman, se faguèt far de polits vestits, puèi qualque temps après se loguèt un polit ostal. Dins lo vilatge, disián que Peton Petet aviá trobat un tresaur e d’unas filhas (pas las mai recomandablas ni las mai vertuosas, me podètz creire) començavan de li far l’uèlh doç. Un ser, la filha del cafetièr li diguèt : « Peton Petet, tu que sès ric e galant, convida-me doncas al restaurant. » E Peton Petet la convidèt al restaurant. E après lo repais, ela li diguèt : « Anem beure lo digestiu al cafè de mon paire. » E anèron i beure lo digestiu. E lo cafetièr serviguèt e mai Peton Petet un segond còp, e mai un tresen, mentre que sa filha li disiá : « Alara, diga-me, d’ont te ven tot aquel aur ? » E aprèp lo quatren o lo cinquen digestiu, o benlèu lo sesen, Peton Petet contèt tot. Coma lo còp passat, s’endormiguèt aquí. L’endeman, repartiguèt amb son ase, mas aquel faguèt pas pus que de crotons normals. Cal dire que, pendent que dormissá, lo cafetièr e sa filha, qu’èran vertadierament de fòrça personas marridas, avián cambiat son ase contra un autre pichon ase gris, tot parièr, mas absoludament pas magic.

Peton Petet tardèt pas de gastar tot çò que li demorava d’aur. Alara, quand aguèt pas pus res, plorèt e se lamentèt. E se lamentèt encara. E encara. E, totjorn se lamentant, anèt fins a la glèisa e i plorèt. E la votz del bon Sant Pèire li diguèt :  « Qual es aquí ? » E el respondèt en plorant : « ES LO PAURE PETON PETET QUE N’A PAS RES DE MANJAR ! »

Lo bon Sant Pèire escotèt son istòria e li diguèt : « Escota, Peton Petet. Te vau far un darrièr miracle. Mas vertadièrament lo darrièr. Sortís d’aquesta glèisa e agacha près de la pòrta : i trobaràs un baston. Pren-lo, va al cafè e diga-li de far son òbra. »

Peton Petet sortiguèt de la glèisa, trobèt en efèit un gròs e robuste baston près de l’entrada e anèt al cafè. Un còp installat al comptador, diguèt al baston : « Fai ton òbra. »

Tanlèu, lo baston bondiguèt en l’aire. Estrilhèt violentament lo cafetièr e sa filha per lor malonestetat. Mas balhèt tanben una ancada a Peton Petet per sa bestiesa.