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L’âne de Gignac

Il faut croire qu’on les aime, les ânes, dans le pays, car après l’histoire de l’âne qui faisait des louis d’or de Peton Petet, en voici une autre, d’histoire d’âne, et qui, elle aussi, s’est passée tout près d’ici.

Aux temps jadis, lorsque les Sarrasins venaient encore par chez nous pour faire du pillage et capturer des jeunes gens, il y eut près de Gignac une grande bataille. Les défenseurs du pays furent braves mais ils durent, à la fin, céder le terrain, et se replièrent dans l’enceinte du village. Et Gignac se trouva assiégé. 

Les Sarrasins empêchèrent quiconque d’entrer et de sortir et espéraient que le village n’aurait que peu de réserves. Mais les Gignacois avaient eu le temps de remplir leurs greniers et ils avaient de quoi tenir. Leurs murailles étaient hautes, leurs défenseurs robustes et ils avaient assez de vin pour ne pas manquer d’ici à l’hiver. 

Alors, après quelques jours d’escarmouches infructueuses, les Sarrasins décidèrent d’user de ruse. A la minuit, quand tout le monde dormait, plusieurs d’entre eux, parmi les plus braves et les plus agiles, escaladèrent en silence un des murs, et se glissèrent dans les rues, ombres parmi les ombres, se mouvant en silence. Ils passèrent près d’un garde qui ne les vit ni ne les entendit, près d’un autre qui ne les entendit ni ne les vit. Déjà, ils approchaient des grandes portes de la ville, qu’ils s’apprétaient à ouvrir de l’intérieur, quand… 

HI HAN  ! HI HAN ! 

Un âne, un simple petit âne, attaché par son maître non loin de la porte, se mit soudain à faire un boucan de tous les diables ! Toute la ville fut éveillée, et les gardes se ruèrent sur les Sarrasins, qui furent promptement chassés au-dehors des murailles. 

C’est ainsi que Gignac fut sauvée, et que l’âne devint son animal totémique.